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CHRONIQUES D'EXPERTS

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L’employeur est souvent vu comme le nanti et l’esclavagiste de l’entreprise ; mais de quoi parlons-nous au juste et les « patrons » sont-ils tous pourris ?

Droit des entreprises - 25/09/2015

Il est simple de qualifier l’employeur comme celui qui soumet les autres à son service.

Il est certainement bon de penser que les salariés sont ainsi asservis et que leur destin n’est qu’obéissance. L’emploi du terme « patron » est aujourd’hui souvent utilisé pour signifier, l’esclavagiste moderne.

Il est vrai qu’étymologiquement, ce mot était employé dans l’antiquité et chez les Romains, « patron » voulait préciser « le maître à l'égard de l'affranchi ». Autre signification : dans le Levant, le maître à l'égard de l'esclave ; « réduit en esclavage, il eut le bonheur d'avoir pour patron un homme compatissant ».

Patron veut également indiquer « protecteur » dérivé de pater, père d’où la notion quelque peu galvaudée de « l'entreprise familiale ».  Il existe aussi des variantes plus actuelles du terme « patron » à l’image de l’usité « taulier » ou du célèbre « tenancier ».

 

Chacun a donc son idée bien à lui du rôle que joue cette figure emblématique de l’entreprise.


 

Le premier jour, il y eu le « patron » ; l’entreprise est née.

 

L’entrepreneuriat n’est pas une chimère et l’exigence que cela suppose notamment dans les débuts de l’entreprise, renvoie à un dévouement et à une vigilance de tous les instants. Combien de « patrons » peuvent se louer d’avoir dès les premiers mois, asservis des dizaines voire des centaines de salariés ?
 

Exception faite des multinationales, les employeurs de nos jours sont assez communs. Ils placent leurs économies et risquent leurs biens propres en empruntant les sommes nécessaires à la matérialisation de leur projet au service d’une ambition.

 

Il est bien de rappeler que la France comptait fin 2012 (plus récente statistique officielle connue au 10 novembre 2014) pas moins de 2 412 197 microentreprises. Les TPE – très petites entreprises qui emploient de 1 à 9 salariés sont encore les plus représentées dans le paysage des entreprises françaises avec près de 979 394 structures contre 204 989 PME dont 170 175 entreprises de moins de 50 salariés (source : Insee, Sirene, REE - Répertoire des Entreprises et des Établissements).


Ces premiers éléments explicatifs et chiffrés nous donnent une première lecture souvent zappée dans le paysage politico-médiatique qui tend à présenter l’entreprise comme l’eldorado de la finance et des arrivistes. La plupart des entrepreneurs sont isolés dans leur démarche et ils ne peuvent compter que sur leur entourage proche pour subsister avant d’éventuellement réussir.


Tous les jeunes « patrons » le disent ;
"il faut au moins 1 à 2 ans pour se verser un premier salaire". 

 

Selon une étude de l'Insee réalisée pour le compte de la CGPME, le salaire mensuel net en équivalent temps plein d'un dirigeant d'entreprise de moins de 20 salariés s'élevait, en moyenne en 2010, à 4248,33 euros, soit 50.980 euros annuels et il ne faut pas omettre qu’un TNS (travailleur non salarié) devra s’acquitter de 30% de cotisations sociales.


Dans une très grande majorité, les « petits patrons » gagnent moins que les cadres du privé et jusqu’à 65 fois moins que leurs homologues du CAC 40 tandis qu’un nombre toujours plus croissant d’entrepreneurs peinent à se verser un SMIC en travaillant jusqu’à 70 heures par semaine !


 

Le deuxième et le troisième jour, il y eu « l’emploi ».

 

Les TPE employaient en 2012, 83% des salariés dans l’hexagone contre 17% pour les PME. Les secteurs sont divers (hôtellerie, BTP, transports, services à la personne, agriculture, artisanat…), ce qui explique certainement cette percée depuis toujours. Faiblement soutenues dans leur croissance, les TPE sont plus exposées que jamais à la dureté du marché et des problèmes économiques ; elles ont été près de 28 000 en faillite en 2013 avec pour conséquence, des centaines de salariés au chômage et des entrepreneurs ruinés. Au total, ce sont 61 468 entreprises qui ont déposé le bilan en 2013 et le terme de l’année 2014 ne devrait être mieux.
 

Contrairement aux idées reçues, les TPE et les PME de moins de 50 salariés ne sont pas toujours épaulées dans leur développement ; ces entreprises ne bénéficient que très peu des « grandes mesures » annoncées comme l’accès à la BPI (banque publique d’investissement), ou comme le CICE (crédit impôt compétitivité emploi). Les banques ne prêtent pas ou les garanties demandées sont en elles-mêmes suffisamment dissuasives pour la plupart des entrepreneurs.
 

La grande majorité des entreprises se suffisent de leurs fonds propres, des économies des actionnaires (ou du Gérant dans les SARL) ; elles misent toutes ensuite sur le fond de roulement constitué au fil de l’eau avec le risque d’implosion de tous ces efforts en cas de ralentissement sérieux du chiffre d’affaires, seul outil de mesure de la santé économique de l’entreprise de petite taille. Si le carnet de commandes tend à se vider, ce sont les ressources disponibles de l’entreprise qui seront mises sans délais à contribution.



Le quatrième et le cinquième jour, il manqua « la croissance ».

 

L’Insee a annoncé pour 2014 une croissance de 0,7% en France, nettement inférieure au chiffre de 1% prévu par le gouvernement, et n’espère aucune accélération notable en cours d’année. L’Insee, en septembre 2014, constatait que le nombre de créations d'entreprises recule par rapport au mois d’août, tous types d’entreprises confondus (-0,8 %). Le nombre de disparitions devrait égaler sinon dépasser celui de 2013. Les entreprises « des services » sont durement impactées et selon les chefs d’entreprise interrogés en octobre 2014, le climat conjoncturel se dégrade de nouveau dans l’artisanat et notamment dans le bâtiment.
 

Ce qui fait défaut, tout le monde s’accorde à le dire ; la consommation. Les plans de relance n’y changent rien ce qui a le don d’agacer prodigieusement les plus courageux. Ils craignent que la tempête économique continue à faire rage, balayant sur son passage, les entreprises qui se cramponnent dixit François Hollande (Interview du Président – TF1 le 06 novembre 2014). Elles risquent de manquer de jus si la croissance ne refait pas surface durablement.



Le sixième jour, il y eu « la déception » ; le patron déprime.

 

Dans l'opinion publique, le chef d'entreprise est rarement dépeint comme une victime. Si la souffrance au travail des patrons de TPE / PME reste inavouable, elle est bien réelle et tient en premier lieu au caractère singulier de la démarche entrepreneuriale.

Ainsi, le suicide des patrons reste une réalité méconnue. Pourtant, confrontés à une charge de travail plus importante que la plupart des salariés et mis à rude épreuve par la crise économique, ils seraient, selon les calculs de l'Observatoire de la santé des dirigeants de PME, un à deux à se suicider chaque jour.

En l'absence de statistiques officielles, le phénomène est difficile à mesurer.

 

Confrontés à un niveau de stress et de fatigue en moyenne supérieur à celui des salariés, les patrons sont aussi plus exposés au burn-out, en particulier lorsque leur entreprise est petite. Un phénomène d'autant moins visible que les patrons ont tendance à minimiser leurs problèmes de santé pour se conformer à l'image de « conquérants » qu'on leur prête.
 

Imaginez un instant avoir tout investi, votre épargne, du temps sans compter, pour développer une entreprise et imaginez qu’au plus fort de la crise après deux, trois ans, vous soyez tenu de tout laisser tomber car vous n’avez plus les finances nécessaires et l’énergie vient à manquer. Tout s’arrête brutalement et rien ne pourra remplacer ces années gâchées, vos économies envolées.

Sans compter les dettes qui resteront inéluctablement à votre charge et comme 90% des patrons (TNS) ne peuvent prétendre aux allocations chômage, ils se retrouveront au RSA dans une phase transitoire d’insertion. La déprime est à la porte, il ne manque pas grand-chose pour ne pas y succomber. C’est dans ce moment-là que le mot « solidarité » prendrait aussi tout son sens, si les médias et les syndicats n’en avaient pas que pour les salariés, comme s’ils étaient les seuls à douter pour leur avenir, pour leur survie.



Le septième jour, il y eu « les enfers » ; l’entreprise se meurt.

 

En cas d'échec, les dirigeants subissent non seulement le dépôt de bilan, anéantissement de toute une vie de travail, mais aussi parfois la saisie de leur maison et de leurs biens personnels. En effet, la liquidation judiciaire suppose que l'entreprise, l'artisan, l'association, ou la personne physique concernée est en état de cessation des paiements et que son rétablissement est manifestement impossible. Elle met fin à l'activité du débiteur, dont les biens sont vendus pour permettre le paiement des différents créanciers.
 

Les difficultés sont d’autant plus insupportables qu’au-delà du naufrage que suppose la liquidation de l’entreprise, ce sont parfois des dizaines de salariés qui subiront collatéralement la perte de leur emploi.
 

Et entre nous, qui aime licencier ? Personne. Ceux qui prétendent que les patrons seraient des adorateurs des procédures de cette nature sont iniques et amers. Outre le chaos administratif que cela engendre, ce sont les derniers deniers de l’entreprise qui seront mis à contribution.
 

Même s’il est difficile de parler de souffrance commune entre l’entrepreneur dépouillé et les salariés licenciés, il n’en demeure pas moins, que personne ne peut se réjouir d’une telle situation et les protagonistes en seront pour leurs frais tant financièrement que moralement. Des entrepreneurs ne s’en remettent jamais et leur descente aux enfers est abyssale !

 


Et maintenant, quel constat faire sincèrement ?


 

Alors « tous pourris » les patrons ?

Salariés et patrons sont en permanence opposés. C’est ridicule. Les entrepreneurs prennent des risques et créent de la richesse à commencer par l’emploi. Toute entreprise qui souhaite se développer est obligée de recruter a minima.

Les jeunes employeurs de TPE, les plus repus à la tâche dans les PME, vivent l’entreprise comme une révélation et parfois comme une chance. Il y a des personnalités qui se révèlent mieux si elles expriment leur leadership. Elles aiment le sens que l’on donne au mot « effort » et travailler est vécu comme un art de vivre, une aubaine à partager. Les « petits patrons » portent fièrement les couleurs de leur ouvrage et ils aiment que leur production soit utile et innovante.

La croissance du chiffre d’affaires est synonyme de réussite et de lendemains radieux. C’est l’assurance de pouvoir payer les charges, les salaires, les taxes, les dettes et de s’assurer un revenu correct.

 

Les TPE souvent ignorée car de petite taille restent indéfectiblement cachée derrière les grandes PME et les PMI. Personne n’entend leurs besoins et lorsque tout le monde fait mine de ne rien voir ou de rien entendre, les patrons se meurent et se languissent de réussite et d’un avenir plus prometteur. Si les salariés adossent leur destin à l’entreprise, les entrepreneurs, les employeurs adossent le leur à la croissance et à l’ambition.

Mais voilà, près de 7 ans sans croissance, cela laisse des marques visibles et personne ne peut se louer en France d’un si grand désastre économique.
 

Ironie du sort, lorsque le MEDEF appelle à la mobilisation des patrons au mois de décembre 2014 par la voix notamment de son vice-président Geoffroy Roux de Bézieux (source BFM Business), dans le même temps, sur BFM TV, Olivier Besancenot, ancien porte-parole du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), répondant à une question de Thierry Arnaud fait mine de ne pas comprendre. Il rétorque que le MEDEF ne connait pas les patrons et je cite « vous n’allez pas me demander de faire un tri sélectif entre les bons ou les mauvais patrons ».


Tout est dit.